Journee Internationale de la democratie,Message du President du Senat haitien L’Honorable Sen. Simon D. Desras

En cette Journee du 15 Septembre 2012, Journee qui symbolise la democratie en Haiti et a  travers le monde L’honorable Simon D. Desras ,president du Senat haitien nous a fait part d’un message symbolique et digne d’un patriote

Honorable Senateur Simon D. Desras

JOURNEE INTERNATIONALE DE LA DEMOCRATIE

« DIALOGUE ET INCLUSION » ELEMENTS ESSENTIELS DE LA DEMOCRATIE 

 

Honorables Parlementaires d’Haïti

 et de toutes les Démocraties,

Mesdames,  Messieurs les Membres de l’Exécutif,

Mesdames,  Messieurs les Membres de l’Union Interparlementaire,

Mesdames,  Messieurs les Hauts Cadres de l’Etat

Mesdames, Messieurs les Membres du Corps social organisé,

Mesdames, Messieurs les Membres des Partis politiques

Mesdames, Messieurs les Membres des Medias,

Vaillantes Populations d’Haïti,

La journée internationale de la Démocratie a été instituée en 2007 par l’Organisation des Nations –Unies pour rassembler les citoyens autour de ce modèle emblématique d’organisation de la Cité qui a défié l’usure du temps et pris une dimension universelle…

A l’appel de l’Union interparlementaire, les Parlements du monde entier orchestrent le 15septembre de chaque année des manifestations de grande ampleur pour mobiliser Citoyens et Citoyennes autour des idées-phares qui pérennisent la démocratie.

En cette année 2012, le thème « Dialogue et Inclusion » ingrédients essentiels de la Démocratie, a été retenu et proposé pour alimenter les réflexions et les débats sur les préoccupations actuelles relatives aux conditions de vie, de travail, d’éducation, de logement, d’alimentation… de grandes masses d’hommes et de femmes précarisées par les crises économiques et financières locales, internationales, et les mutations imparables et tuantes qu’elles génèrent.

Les affres de la globalisation, dans ses aspects de relégitimation des intérêts des strates dominantes au niveau planétaire,  ont accru la pauvreté abjecte et désarticulé de nombreuses communautés nationales.  L’état providence- des trente glorieuses a été supplanté par des politiques ultra-libérales qui ont menacé les acquis sociaux et aggravé les tensions sociales dans les pays les plus développés et les plus stables.

En Europe, les mouvements citoyens altermondialistes ont porté la contestation dans un contexte où Pierre Bourdieu avait dénoncé la mort des grands collectifs… Aux Etats-Unis d’Amérique, la récession a jeté des millions de citoyens sur le pavé : Sans emploi et sans logement.  Dans les pays en développement, l’imposition des programmes d’ajustement structurel a exténué les populations et les a confinées dans des situations d’extrême pauvreté.

Durant les trois dernières décennies, le monde a connu des guerres dues à la consolidation du nouvel ordre mondial, des intempéries désastreuses, qui ont installé la pénurie, le dénuement et des foyers permanents de tension à l’échelle de la planète.

A la faveur de cette instabilité qui affecta le village global, la criminalité a progressé.  Le trafic des armes et de la drogue, la corruption, la contrebande etc  ont fait régner la violence et entamé la cohésion sociale.  Les fuites de cerveaux, les migrations périlleuses ont pénalisé les efforts des pays du Sud et  éclaboussé leur image.  L’insécurité alimentaire, les pandémies mortifères et d’autres épreuves ont terrorisé les populations et perturbé les jeunes qui échappent au contrôle des structures familiales affaiblies et à l’emprise des sociétés en déliquescence dont les valeurs ont chuté.

La Démocratie creuset de luttes des peuples en quête de liberté, de droits, et de dignité a-t-elle été un rempart, une référence en ces moments de mort, de désorientation, de désespoir, de pensée unique et d’exclusion ?

En Haïti, comment vivons-nous l’expérience démocratique notamment depuis la chute de la dictature.

Il nous faut remonter à Athènes, à la Grèce antique pour dégagerl’essence de la Démocratie et les principes qui lui donnent corps.  Le récit du mythe fondateur a énoncé quatre idées bien articulées qui forment la trame de la Démocratie.

La Démocratie s’entend de l’Agora, la place publique… l’espace public où le peuple se réunit.

Elle inclut les délibérations collectives, le discours public, l’opinion publique…

Elle implique au départ l’égalité des délibérants définis comme interlocuteurs.

Elle exprime la résolution des problèmes de la Cité par le dialogue et la négociation et non par la force.

Les fondements de la Démocratie s’identifient à sa genèse, aux débats publics, au plurilogue, au dialogue d’interlocuteurs égaux réunis dans un espace public… et aussi aux conditions de l’inclusion.

La Démocratie selon l’époque et le pays a eu des expressions différentes, illustrées par des institutions ou des pratiques conformes au choix de société opéré par les peuples… et à leur culture… Bien qu’assis sur un socle commun sans cesse reproduit -les fondements sus-mentionnés- la Grèce avait privilégié, l’Agora, l’amour de la Cité, l’obéissance à ses lois.  Les Romains avaient investi dans la Patrie, la vertu, le travail et vénéraient l’institution Sénatoriale…

Les peuples contemporains s’inspirent des idéaux de la Révolution Française de 1789 : Liberté, Egalité, Fraternité et de ses assemblées.

L’inclusion est prescrite au nom de cette idéologie égalitaire dont se passionna Alexis de Tocqueville et du principe de la justice comme régulation universelle de l’ordre humain.

Haïti a enduré des siècles d’esclavage et son peuple a connu une existence ignominieuse de tortures et de privations durant la période de domination coloniale.  Après avoir conquis son indépendance par la guerre la société qui émergea épousa les tares des maitres esclavagistes et se stratifia.  La liberté héroïquement obtenue  ne put venir à bout du mur de silence, de haine, de ségrégations, d’exclusion élevé par les nantis au grand dam de leurs frères dépenaillés.

Dessalines le fondateur initia le dialogue pour l’inclusion… « et les pauvres noirs dont les pères sont en Afrique n’auront-ils donc rien… ? »  Son assassinat crapuleux étendit le voile du silence parjure sur des questions pertinentes et stratégiques qui devinrent taboues

Au fil de l’évolution de la formation sociale haïtienne, des mouvements obéissant à la philosophie des lumières, à l’idée d’Etat- nation ont par vagues successives remis en question l’ordre autoritaire et élitaire en cours pour concrétiser dans la vie sociale, économique et politique les avancées des résolutions qui ont magnifié la condition humaine.

L’arrivée au timon des affaires des classes moyennes et populaires n’a pas permis jusqu’ici d’établir un nouvel ordre des choses que dans le langage courant l’on baptiserait de développement social et national.

L’ordre hérité du colon et maintenu par ses fils bâtards et dénaturés, injuste et inique s’exprime aujourd’hui encore par la triade : « Exclusion, Prédation et Répression ».

Les politiques sociales qui compètent à l’Etat de droit : services publics, création d’emplois, mesures de protection sociale, l’éducation, la santé n’ont pas encore d’impact notoire sur les clivages et les inégalités criantes qui lézardent et caricaturent notre démocratie balbutiante.

L’internationalisation des structures de contrôle des politiques de respect des droits de la personne ; de la Justice, de la liberté de la presse, de la sauvegarde du cadre de vivre ensemble, de la préservation d’acquis sociaux réputés incontournables en Démocratie a aidé au renforcement des luttes nationales pour l’émergence d’une conscience sociale et d’une morale moyenne garantes d’une humanité qui est  encore au niveau de l’idéal…

En Haïti, au moment où nous prononçons cette adresse au peuple qui a mandaté le Parlement, et aux représentants de toutes les instances sensibles au respect des droits et de la loi, sensibles à l’amélioration de la qualité de la vie pour tous… nous reconnaissons que la Démocratie haïtienne est à l’abécédaire de son parcours…  Néanmoins, une percée des droits civils et politiques, en termes de reconnaissance et d’application des droits et libertés publics notamment la liberté d’expression et d’opinion, les droits de réunions, de revendications, le pluralisme idéologique etc témoigne de la détermination de ce peuple opprimé de vivre libre de toutes entraves anachroniques et injurieuses.

Le dialogue est un concept à la mode en Haïti depuis deux décennies.  Il n’a jamais connu d’exercices susceptibles de frapper l’imaginaire collectif et d’aboutir à des résultats positifs tangibles.  La Conférence nationale, le Dialogue national, les séquences de tables rondes, de rencontres, de pourparlers entre l’Exécutif et le Législatif et l’un ou l’autre de ces pouvoirs avec les forces vives de la Nation ont presque toujours tourné court, ravinés par la méfiance, le marronnage et l’intolérance feutrée.

Or il ne peut y avoir d’inclusion que dans un cadre construit   obéissant à la Confiance réciproque des acteurs et  à leurs convictions d’établir les rapports sociaux en leurs conditions les plus parfaites.  Dans une société  Démocratique la redistribution des revenus,    l’accès aux services collectifs de base, indicatifs des degrés de  l’inclusion sont fonction de l’aboutissement de toutes les formes de dialogue vertical et horizontal.

Le Dialogue historiquement  n’a porté fruit que pour construire l’Indépendance contre l’ordre colonial et esclavagiste ; pour établir la formation sociétale haïtienne, le dialogue depuis deux cents ans prend la forme d’un vœu pieu renvoyant l’inclusion au rang de rêve chimérique.

La Démocratie repose au fond sur ces ingrédients que sont le Dialogue et l’Inclusion… Mais l’image actuelle d’une société différenciée, stratifiée, balisée par des lignes rémanentes de discriminations que l’on pourrait croire révolues… atteste l’état balbutiant de la Démocratie Haïtienne.

Nous contemplerons les vertus du dialogue et de l’Inclusion au triomphe des droits sociaux  et économiques, au réveil de la citoyenneté, à la consécration des droits du peuple, au rétablissement de la souveraineté  nationale, à la participation du peuple aux décisions stratégiques, à l’émergence de l’égalité des chances pour tous, à la suprématie du droit et de la loi une pour tous.

Nous en appelons à l’Union Interparlementaire, aux instances militantes de la Démocratie au plan national et international pour qu’elles accompagnent les efforts du peuple haïtien dans son combat quotidien et actuel … contre le spectre grimaçant de l’insécurité alimentaire, contre l’intolérance déstabilisante qui gouverne les échanges entre l’Exécutif  présidentiel et les forces organisées du pays, contre l’absence d’éthique et de transparence dans la gestion de la « res publica »,

Au nom du Parlement haïtien, de l’Union Interparlementaire, du peuple haïtien, et de tous les peuples pratiquant la démocratie nous clamons Vive le Dialogue et l’Inclusion !

Que Dieu bénisse Haïti !

Simon Dieuseul Desras

                                                Président du Sénat de la République

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s