Artisanat en fête : mise en place et perspectives

Source : Le Nouvelliste

Dans les coulisses

Six ans plus tôt, Martine Blanchard a eu la brillante idée de promouvoir l’artisanat haïtien. Elle n’a jamais imaginé que c’était quelque chose qu’il fallait gérer comme une initiative occasionnelle, mais plutôt une institution à part entière, comme un business, avec les exigences que cela requiert.  Elle a monté la structure de l’IRPAH avec un partenaire consentant, Le Nouvelliste, avec lequel elle organise chaque année, à la même époque, Artisanat en fête, l’une des plus belles et grandes foires nationales. L’institut n’a jamais failli à sa mission et, depuis la première foire au parc historique de la Canne à sucre son équipe n’a cessé d’innover, de mieux gérer : un catalogue présentant les œuvres et leurs créateurs est l’un des progrès que connaît l’organisation de cette fête.  Une tâche immense qui mobilise beaucoup d’énergie, de bras jusqu’au jour J et même après.

Martine Blanchard

Dernièrement, au local de l’IRPAH, la fille au service d’accueil passait plusieurs appels : « Bonsoir monsieur Azor. Vous êtes attendu le vendredi 12 octobre à notre local pour la réunion concernant l’organisation de la foire ». Plus d’une centaine d’artisans à joindre au téléphone, à mobiliser ainsi tous les jours. On s’entretiendra avec eux sur la gestion des stocks, des ventes cash ou par coupons, sur la gestion de l’espace du parc, leur emplacement, les informations à compléter pour le catalogue qui présentera la foire, les pièces et les artisans. Des petits détails mobilisés qui, bien arrangés, aboutiront au grand rendez-vous du 20 et 21 octobre 2012.

Entre-temps, Martine Blanchard est accrochée à son portable, faisant les cent pas en même temps qu’elle discute d’un ton dont les fluctuations changent au gré de la conversation ; probablement pour régler la logistique, la collation, les derniers arrangements pour la vente. Elle s’occupe de tout afin que les artisans, au jour J, soient traités comme des princes. «Malheureusement, il y a des artisans qui ne s’intéressent qu’à la foire. Ils s’inscrivent, exposent, vendent leurs pièces et ne reviennent que l’année prochaine. Mais ceux qui font partie de l’IRPAH sont d’une grande famille qui les encadre et assure la promotion de leurs œuvres. Bien entendu, l’institution n’est pas à but non lucratif, mais le travail de l’artisan et celui-ci ont la priorité. Nous sommes aussi ouverts à tous ceux qui veulent nous rejoindre », prononce-t-elle sur un ton maternel. Ce qui est dû sans doute à la petite merveille qu’elle a mis au monde il n’y a pas si longtemps. Entre deux phrases, elle s’arrête pour un câlin, alors que sa fille la tète adorablement.

Plus maternelle elle est, plus elle se fait du souci pour la grande fête. Heureusement que partenaires et sponsors renouvellent à chaque édition leur engagement. Outre Le Nouvelliste, la Digicel, la Unibank, le Rhum Barbancourt, le ministère des Affaires sociales et du Travail, de la Planification. Il ya de nouveaux sponsors : les ministères de la Culture, des Finances, de l’Intérieur, l’ambassade de Taiwan, le CFI, convaincus comme leurs prédécesseurs que ce secteur est un marché sûr pour l’art et l’économie du pays. Sur ce point, les sponsors ne font que se mettre d’accord avec Mme Blanchard qui, avant eux, avait perçu les avantages dans ce domaine. « Après la foire, il arrive que je fasse les comptes à partir du nombre de coupons vendus. Sur plus de 200 artisans qui exposent, la majorité vendra des pièces pour un minimum de USD 1000 ; ce qui fait déjà un total de USD 200 000 générés tous les ans grâce à l’évènement. Cette constatation est à la base de toutes les innovations que nous nous devons de faire.»

En parlant d’innovation, la responsable de l’IRPAH fait sans doute allusion au prix «Artisan de l’année » qu’elle a ajouté dans la conception de la foire « en vue d’encourager les artisans à un travail de meilleure qualité, respectant le standard du marché international ». Ce prix, présent depuis l’année dernière, sera renforcé cette fois par un appui financier qu’apportera le CFI aux artisans retenus. Les critères de sélection prennent en compte l’accessibilité du produit, le travail de finition, l’esthétique et l’originalité de la réalisation. Dans la mesure où les artistes primés seront promus à travers Le Nouvelliste, Ticket Magazine et sur le site de l’institut (www.irpah.com) pour les ventes en ligne, la directrice s’assure donc que l’œuvre est d’une grande qualité.

Perspectives

Dans la même perspective de promotion, Martine Blanchard a entamé des pourparlers avec un partenaire à l’étranger qui est déjà intéressé à garder des stocks. Ceci facilitera la vente en ligne pour les potentiels acheteurs des Etats-Unis et du Canada. « Cela fait deux ans que je suis à la recherche d’un conteneur pour entreposer des œuvres. A part une institution gouvernementale qui semble s’y intéresser, la démarche s’est révélée infructueuse jusque-là. Si nous voulons vendre à un rythme qui intéressera nos acheteurs, il  faut que nous résolvions le problème de stock afin que deux ou trois jours après l’achat la personne reçoive sa commande. Le site est déjà là, mais il n’y a pas encore l’option de vente. C’est une mise en place qui prend du temps mais qui sera très concluant. Tous ceux qui désirent aider en ce sens sont les bienvenus. »

Par ailleurs, la directrice de l’IRPAH entreprend des démarches auprès du ministère des Affaires sociales pour que les artisans de son réseau aient droit à l’assurance de l’ONA, qu’ils aient accès au crédit comme n’importe quel entrepreneur puisque le secteur peut être un pilier dans l’économie si on arrête de le reléguer à l’arrière-plan.

Si envisager la foire sur toute une semaine se révélerait trop coûteux (à cause de la prise en charge totale des exposants, de l’emballage à l’achat et des cartes de visite qu’il faut fournir à ceux-ci), malgré l’aide des sponsors, madame Blanchard formule quand même ce vœu pour la nouvelle édition. Que le public se rassemble sur la cour du parc, qu’il achète local afin d’encourager les artistes, et que les visiteurs viennent découvrir la beauté et la richesse de chez nous. Plus qu’un vœu à exaucer, un ardent désir de se joindre à cette noble quête.

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