Pour une approche globale de la sécurité au carnaval en Haïti

Le drame de l’électrocution du char de BARIKAD CREW au Carnaval 2015

Après l’électrocution du char de BARIKAD CREW, ce mardi 17 février 2015, le Gouvernement Haïtien devra réaliser une enquête globale et approfondie non seulement sur les circonstances de ce drame qui a coûté la vie à 18 compatriotes et blessé plus de 70 autres. Dans des pays comme le Canada ou les États-Unis d’Haïti, ce genre d’incident donne lieu à une enquête d’un coroner (procureur), ou d’une commission dans certains cas, enquête qui débouche sur des recommandations qui s’imposent aux pouvoirs publics, c’est-à-dire que ces derniers doivent appliquer selon un calendrier bien précis. L’enquête que nous contemplons devra être globale et adresser les nombreux problèmes de sécurité liés à  l’organisation du Carnaval à Port-au-Prince et ailleurs en Haïti.

Chaque année, je frémis à l’idée de ce qui pourrait arriver lorsque, sur environ 2 kilomètres au Champs-de-Mars, entre 500,000 et 750,000 personnes sont massées et en motion constante (yap monte yap desann nan yon ale vini insesan). On peut facilement avoir un mouvement de foule incontrôlé (STAMPEDE) qui peut laisser, sans exagérer, entre 1,000 et 5,000 personnes victimes. Qu’on pense à ce qui est déjà arrivé à la Mecque, il y a quelques années ou dans des stades de football. Toutes les conditions sont réunies pour qu’une telle ruade, un tel « STAMPEDE », intervienne au carnaval de Port-au-Prince ou ailleurs (à Jacmel par exemple), si les organisateurs ne prennent des mesures de redressement qui s’imposent.

Regardons quelques problèmes et explorons des éléments de solutions :

1.    Densification trop forte des stands. Les organisateurs attribuent des espaces de stand presque sur chaque mètre carré du Palais National au Rex Théâtre et ne prévoient pas suffisamment d’espaces d’évacuation des personnes, en cas de problèmes sur le parcours. Les espaces d’évacuation doivent être la priorité № 1, et émailler le parcours, au mois chaque 20 mètres, et ce des deux côtés du parcours. Quitte à rallonger le parcours ou à changer de site (cette dernière recommandation vaut pour Jacmel où le site à l’avenue Baranquilla est inadéquat. Les organisateurs devraient peut-être considérer un déplacement du côté de l’aéroport de Jacmel sur la route de Meyer.

2.    Le stationnement de véhicules de la police et d’autres véhicules d’urgence sur le parcours ; ce qui rétrécit considérablement l’espace pour les carnavaliers, lors du passage des bandes et des chars. Le site doit prévoir des aires de stationnement des véhicules d’urgence en divers points stratégiques du parcours. Ces véhicules doivent vraiment servir aux fins d’urgence et non servir de stands improvisés pour les familles des policiers, de l’EDH et des travailleurs de protection civile.

3.    La circulation intempestive, souvent en sens inverse du parcours, des véhicules de la Police et d’autres officiels sur le site. Cette circulation est inappropriée, dangereuse et est une source d’insécurité pour les carnavaliers. Vous avez le paradoxe où ceux qui sont chargés d’assurer la sécurité deviennent source d’insécurité. Les véhicules de la police doivent être interdits. La Police Nationale doit penser à d’autres moyens de se déplacer. Je pense particulièrement à des policiers à cheval (Police montée) spécialisés pour ce genre d’événements.

4.    La circulation des carnavaliers dans les 2 sens sur le même parcours, sans séparation, est problématique, à cause des risques de ruades auxquels cette circulation donne lieu. Il y en a qui montent ; il y en a qui descendent. Franchement, j’en perds mon latin. J’invite des analyses à faire des propositions pour résoudre ce problème. Faut-il prévoir des couloirs spécifiques pour ceux qui montent et pour ceux qui descendent ?

5.    Les obstacles sur le parcours, notamment les brouettes des commerçants du secteur informel, qui se mettent en travers de la circulation et entravent considérablement le mouvement des carnavaliers à l’approche des chars. Je me suis déjà cogné contre une brouette et ai failli perdre mon tibia. Avec la dégradation de l’économie, au cours des 30 dernières années, le nombre de marchands et de brouettes sur le parcours du carnaval est en constante augmentation, avec une occupation sauvage de l’espace et du site prévu pour le parcours. Donc, les organisateurs et la police doivent voir à interdire strictement ces obstacles. Là aussi, des aires de restauration doivent être prévues partout sur le parcours, aires que les marchands et marchandes doivent obligatoirement occuper.

6.    Les chars construits hors de toutes normes. Des années 70 à nos jours, la taille des chars à vide a été multipliée par 2, en hauteur, en largeur et en longueur. Les groupes musicaux veulent de plus en plus d’appareils de sonorisation à bord. Avec les instruments et les fanatiques à bord, les chars sont tout simplement de véritables dangers. D’abord, la stabilité. Point de besoin d’être un spécialiste en structure métallique pour voir que certains chars sont tout simplement croches et peuvent basculer sur les carnavaliers et les stands à proximité. La hauteur et la largeur amplifient le problème stabilité des chars. Ensuite, la hauteur des chars qui dépasse la hauteur des fils électriques. Des préposés sont régulièrement remarqués sur les chars dont le rôle est de soulever ces fils, avec le danger que ces derniers lâchent et électrocutent les carnavaliers sur le char, à terre et sur les stands. Finalement, les véhicules qui tirent des chars de plus en plus gros et lourd, dont l’entretien reste questionnable et incertain (Qu’on se rappelle l’accident du char du Groupe RAM vers la fin des années 90 dû au lâchage des freins du camion en fin de parcours!). A la lumière du drame du 17 février 2015, le Gouvernement haïtien doit édicter des normes de construction et de chargement des chars qui s’imposent à tous. Il appartient aux organisateurs et à la police de voir au respect de ces normes. Le chargement du char (sonorisation + fanatiques) ne peut plus être laissé à la stricte préférence des groupes musicaux.

7.    Le problème des fils électriques sur le parcours du défilé carnavalesque. En Haïti, l’on choisit des sites pour le parcours, sites, qui de toute évidence, n’ont pas été faits pour le carnaval. Nous n’avons pas au pays de site dédié à l’instar du sambadrome à Rio de Janeiro au Brésil. Sans peut-être avoir un sambadrome, les organisateurs, dès lors qu’un site est choisi pour le parcours du carnaval, concevoir un plan directeur du site, y faire des aménagements, comme par exemple faire passer les lignes électriques sous terre, prévoir les aires d’urgence, etc…

Ce sont là quelques éléments portés à la réflexion, dans la foulée du drame du 17 février 2015. J’invite d’autres observateurs et analystes à faire part de leurs observations et de leurs contributions à l’amélioration de la sécurité sur les parcours de carnaval partout sur le territoire.

Daniel ALTINÉ

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